L'histoire du lieu
Situé en plein centre historique de Rouen, dont l’occupation est attestée à partir de l’époque gallo-romaine, Ste-Croix des Pelletiers est un lieu inspirant où se côtoient les riches heures de Rouen, avec le peuple des artisans pelletiers, des humbles porteurs de sel, ou bien encore, des petites gens à la recherche d’un soutien auprès de l’écrivain public.
À partir de 1951, la Ville de Rouen poursuit, avec des conférences et des concerts tantôt classiques, jazz ou rock d'excellence, qui permirent à tant de Rouennais·es de redécouvrir et renouveler la mémoire d’une ville ouverte sur le monde.
Souhaitant faire de ce site un lieu de culture, de débats et d’échanges, La NEF prolongerait naturellement ce qu’a été cette salle fréquentée, animée et aimée des publics rouennais...
Un lieu de vie et de passage
Situé à l'extérieur des enceintes de la ville, l'urbanisation du quartier remonte néanmoins dès l'Antiquité. Des monnaies du IIe siècle et du XIIIe siècle, ainsi qu’une petite statuette de singe en bronze, ont été retrouvées au numéro 120 de la rue.
À cette époque, les voies de circulation sont même nombreuses dans le quartier, et il est probable que l’emprise aujourd'hui occupée par l'église ait été un carrefour.
De la chapelle à la paroisse…
De la chapelle à la paroisse…
C’est au cours du Xe siècle que se construit, près des remparts du Castrum (allant de la rue des Bons-Enfants à la rue des Fossés Louis VIII), une chapelle dédiée à Notre-Dame. Ce monument est édifié pour le Comte de Clères, dont l'hôtel particulier se trouve à côté.
La nef est quant à elle construite au XVe siècle, avant d'être prolongée dans la première moitié du siècle suivant par un chœur encadré de deux chapelles. C'est à cette même période, en 1533, que l'église est érigée en paroisse et nommée Ste-Croix de la rue des Pelletiers, à cause des porteurs de sel, artisans travaillant la peau et marchands de fourrures du quartier.
Au XVIIe siècle, on procède à de nombreux embellissements et six chapelles sont aménagées autour du chœur. L’une d’elles, la chapelle du “Verbe Incarné”, est bâtie par un Espagnol natif du Mexique, et présente le tableau d'une "Vierge des Amériques". Rouen est alors en plein âge d’or : c’est une cité internationale, un port tourné vers le Nouveau Monde, et la deuxième ville du Royaume.
L'église sert de lieu d’inhumation aux religieux de la paroisse et aux laïcs jusqu’à ce que la paroisse déménage deux siècles plus tard, en 1791, en pleine période révolutionnaire.
…à l'usage laïc d'un lieu patrimonial d'exception
Désacralisée, l'église est vendue l’année suivante, en 1792. Elle est d'abord transformée en magasin, entrepôt, puis en chai à vin.
En 1928, elle est inscrite aux Monuments Historiques, puis rachetée en 1941 par Jules Jacqueline, imprimeur et investisseur immobilier de la ville. C’est à cette époque qu’elle devient salle de conférence.
La salle est d’abord louée, puis rachetée dix ans plus tard par la Ville de Rouen, qui y organise des concerts, conférences et réunions publiques, avant de fermer ses portes en 2015.
Dix ans plus tard encore, à la suite de deux appels à projets, la Ville décide de confier les clés à l'association "Réenchantons Ste-Croix !", dont le projet La NEF espère écrire une nouvelle page de son histoire...
Qui sont les pelletiers ?
Les pelletiers sont les artisans travaillant la peau. Au moins depuis le XIe siècle, de nombreux métiers du cuir étaient présents le long de la Renelle qui passait non loin de là. Le commerce des cuirs prospère jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Mais son industrie pose de graves problèmes de salubrité publique et, dès le XVIe siècle, les habitant·es du quartier demandent son départ. Elle s’éteint au XIXe siècle à Rouen pour s’implanter à Pont-Audemer. Reste notre église, dont le nom nous invite à nous souvenir des anciens travailleurs, artisans pelletiers...
Quelques trésors à (re)découvrir...
Statues du XVe siècle et ossements, mais aussi morceaux de tegula et imbrex, quelques clous... les fouilles archéologiques nous invitent à remonter dans le Rouen antique et médiéval !
L’échoppe accolée à l’église nous replonge au XVIème siècle. Il s’agit ici de la boutique de l’écrivain public, personnage indispensable à une époque où s’accroît la demande de papiers écrits de la part de l’État monarchique et de l’Église.
Une fresque, quasi inconnue du tout public, trône pourtant au centre de l’église. Des témoignages évoquent de nombreuses donations et ornements dans la seconde moitié du XVIIème siècle. Mais son histoire reste à découvrir...